« Safe oot, safe in ! »
Les marches de lÉcosse
Aude Campbell Le Guennec

« Safe oot, safe in! » (« En sécurité dehors, en sécurité dedans ! ») :
c’est par ces mots que le Lord Provost de Selkirk salue les cavaliers qui s’apprêtent chaque année, au petit matin de ce jour de juillet, à parcourir les frontières de cette commune des Scottish Borders.
Cette phrase symbolise également ce que les Common Ridings, les marches des frontières, représentent pour les gens des Borders : le maintien d’un esprit d’appartenance et d’un ancrage dans un territoire contesté.
Filer au nord vers les Highlands est la motivation des voyageurs pressés qui souffrent durant les derniers miles de leur périple calédonien en faisant l’expérience des boucles et des nids de poule de la A68.
Au-delà du mur d’Hadrien, les Rolling Hills des Borders, qui enveloppent de leurs
courbes grasses les roues fatiguées des touristes, on y passe, mais on s’y arrête rarement. Pourtant, dans cette zone de marches, l’esprit du lieu opère depuis le Moyen Âge à travers les histoires transmises et reconstituées d’un passé conflictuel. Entre ce que racontent les uns, ceux de l’extérieur, et ce que ressentent les autres, les Borderers héritiers des Reivers (du vieil écossais to steal, voler) du XVIIIe siècle, il y a une frontière
sinueuse et complexe, qui, loin de la simple curiosité touristique, demande à s’arrêter
un moment.
Aude CAMPBELL
LE GUENNEC est maître de conférences en
anthropologie du design et responsable de la recherche à la Mackintosh School of Architecture
Glasgow School of Art (Écosse).
Historienne de la mode et ancienne directrice du
musée du Textile de Cholet. Installée en Écosse depuis 2013 et investie dans des projets
internationaux tel que « Musées, démocratie
culturelle et identités contestées », elle défend une
approche inclusive, créative et éthique du patrimoine.


