Une histoire oubliée.
Une histoire confisquée.
Pour accompagner la parution de la revue Istor Breizh en novembre 2024, nous avions choisi de représenter Brigit, statue du 1er siècle de notre ère, la déesse du Menez Hom qui, à 330 mètres d’altitude, domine la baie de Douarnenez.
Pourquoi cette figure féminine sur les dépliants et supports médiatiques ? La tête casquée incarne bien une histoire enfouie qui remonte à la surface.
Nous l’avons donc adoptée…
Au mois de mai 1913, un jeune cultivateur de Dinéault, Jean Labat, laboure une lande sur le Menez Hom. Il fait une trouvaille surprenante : une petite tête de bronze.
Le casque, de type celtique, porte la figuration des trous de visée, caractéristiques du modèle grec, ainsi qu’au sommet un très long cimier destiné à porter des plumes. La base du cimier figure un oiseau prenant son vol…
En 1928, Jean Labat retourne fouiller les lieux de sa découverte : il trouve un corps en bronze, revêtu d’une longue robe à plis, sans ceinture, deux bras nus et des pieds chaussés de sandales. La statue de 70 centimètres était en très mauvais état. Personne ne réalise l’importance d’une telle découverte. La sculpture est donnée au médecin de Plomodiern, le docteur Vourc’h, en 1935, en échange de consultations.
En 1971, l’archéologue et historien René Sanquer, maître de conférences à Brest, ainsi que Donation Laurent, ethnologue, entendent parler de la statuette. La fille du docteur Vourc’h s’apprêtait à la vendre. La statue restera en Bretagne : en 1972, elle est acquise par le musée de Bretagne de Rennes.
Elle a été assimilée par René Sanquer et Donatien Laurent à la déesse celte Brigitte ou Brigit, ou Belisama, ou Brigantia, ou Berhet, ou Berc’hed, déesse universelle des Celtes dans les textes irlandais du début du Moyen Âge. Le casque la représente comme Minerve, montre le courant méditerranéen, tandis que la chevelure et les pieds découverts parlent d’une influence celtique.
La statue Brigit narre donc l’histoire de ce qui est enfoui, oublié, occulté, parfois confisqué.
Dans ce numéro d’Istor Breizh, nous revenons sur l’achat par plusieurs collectivités bretonnes du « manuscrit de Locmaria ». En juin 2024, cet ouvrage du xie siècle était mis aux enchères à Londres. Heureusement, il est devenu propriété de la bibliothèque des Champs Libres de Rennes. Mais l’opération fi nancière a été complexe et pose la question : en termes de muséographie et bibliothèques, y a-t-il un « pilote » breton ?
Nous présentons un dossier sur le patrimoine et sa gestion. L’exemple récent de la redécouverte d’une dalle gravée, datée de l’âge du bronze, extraite d’un tumulus en 1900 par l’archéologue Paul du Châtellier, puis vendue en 1925 au musée d’Archéologie nationale à Saint- Germain-en-Laye est édifi ant. En 2010, la dalle avait disparu. Personne ne savait plus où elle se trouvait. Après quatre années de recherche, deux archéologues l’ont retrouvée dans les caves du château de Saint-Germain-en-Laye. Ils ont ainsi pu entamer un long travail qui leur permet d’affirmer que cette dalle gravée d’environ 1700 avant notre ère représente une carte de la vallée de l’Odet…
D’autres objets – et non des moindres – dorment dans les tiroirs. Que ne sont-ils rendus accessibles au grand public ! Ainsi la stèle de Kermaria, une pierre gravée de la collection de du Châtellier, ne pourrait-elle retrouver sa place en Bretagne plutôt, qu’invisible, orner les escaliers du musée d’Archéologie nationale ?
Parfois, c’est l’histoire qu’il s’agit de sortir de l’ombre. Ainsi, si elle est une terre de cyclisme et de foot, la Bretagne est-elle aussi une terre de rugby ? Plusieurs exemples dans ce numéro d’Istor Breizh montrent que l’ovalie a son histoire en Bretagne. Et n’oublions pas la soule…
Enfin, l’historienne Laurence Moal donne un coup de projecteur sur l’exploitation des garçons de 11 à 18 ans par les armateurs et industriels de la morue. C’est l’histoire des Petits graviers de Saint-Pierre. L’histoire oubliée n’est pas toujours la plus éloignée dans le temps.
Christian Gouerou
Pennad-stur
UN ISTOR ANKOUAET, UN ISTOR DIBERC’HENNET
Kristen ar GOUEROU
Emiz Du 2024 evit mont gant embannadur ar gelaouenn Istor Breizh, hor boa choazet skeudenn Brigit, un delwenn eus 1añ kantved hon oadvezh, doueez ar Menez C’homm, an dosenn a 330 metr uhelder a-us da bae Douarnenez. Abalamour da betra
ar skeudenn plac’h-se war ar plegfollennoù hag ar skorioù mediaouek? Skeudenniñ mat a ra ar penn gant e dokarn, un istor douaret o tont war-wel en-dro. Degemeret hon eus anezhañ eta…
Gant René Sanquer ha Donatien Laurent eo bet gwelet evel doueez kelt Brigitte pe Brigit, pe Belisama, pe Brigantia, pe Berhet pe Berc’hed, doueez hollvedel ar Gelted e testennoù iwerzhonat eus penn kentañ ar Grennamzer. Gant an tokarn eo taolennet evel Minerva o tiskouez evel-se un orin kreizdouarel, padal ar blev hag an treid dizolo a ziskouez ul levezon geltiek.
Delwenn Brigit a gont eta istor ar pezh a zo endonet, disoñjet, kuzhet, a-wechoù diberc’hennet.
En embannadur-mañ a Istor Breizh, e reomp anv deus prenadenn “dornskrid Lokmaria” gant meur a strollegezh vreizhat. E 2024 e oa bet lakaet levr an xivet kantved e gwerzh diouzh ar c’hresk e Londrez. Dre voneur eo bet perc’hennet gant levraoueg ar Maezioù Frank e Roazhon. Met arc’hantiñ an treuzvarc’had zo bet kemplezh ha d’e heul e sav ar goulenn: hag ul levier breizhat zo evit ar pezh a denn d’ar mirdioù ha d’al levraouegoù?
Kinnig a reomp un teul diwar-benn ar glad hag e verañ. Ar skouer nevez a-walc’h, eus adkavadenn un dar engravet zo skolius: homañ, deiziet eus oadvezh an Arem, tennet er-maez eus ur grugell e 1900 gant an arkeologour Paul du Châtellier, a oa bet gwerzhet goude-se d’ar Mirdi broadel an arkeologiezh e Saint-Germain-en-Laye, e 1925. Diwar-wel e oa aet an dar e 2010. Den ebet ne ouie pelec’h e oa. Goude pevar bloavezh klask, eo bet adkavet gant daou arkeologour e kavioù kastell Saint-Germain-en-Laye. Gellet o deus neuze, stagañ gant un hir a labour ha diwarnañ kadarnaat e tiskouez an dar engravet-se hag hi eus war-dro 1700 a-raok hon oadvezh, tres ur gartenn eus traoñienn an Oded…
Objedoù all hag ar re-mañ o vezañ pell da vezañ dister a vez e-giz disoñjet en tiretennoù. Abalamour da betra n’int ket lakaet a-wel d’an holl! Evel-se, daoust ha maen-son Kermaria, ur maen engravet eus dastumad du Châtellier, n’hellfe ket adkavout e blas e Breizh kentoc’h eget fichañ dirioù Mirdi broadel an arkeologiezh e-lec’h m’eo diwelus?
A-wechoù e vez anv da dennañ an istor eus an disgwel. Evel-se, m’eo hor bro un douar a siklerezh hag a vell-droad, daoust hag un douar a rugby eo Breizh ivez? Meur a skouer en niverenn-mañ a Istor Breizh a ziskouez he deus ar volotenn ovalek un istor e Breizh. Ha na zisoñjomp ket ar vell…
Hag er fin, gant an istorourez Laurence Moal, e vez lakaet war-wel paotred, hag int etre 11 ha 18 vloaz, korvoet gant paramantourien hag industrielourien ar moru. Istor ar Petits graviers de Saint-Pierre eo. An istor ankouaet ne vez ket atav an hini pellañ en amzer.

